“En Tiger am Rousegäertchen”

Du très bon théâtre politique : “En Tiger am Rousegäertchen”

Vendredi 10 novembre 2016 a eu lieu au Grand Théâtre de Luxembourg la première de la pièce écrite par Marc Limpach sur l’histoire de l’OPA de Mittal sur Arcelor. L’accueil du public était enthousiaste.

Cet événement théâtral qui va partir en tournée à Esch-sur-Alzette, à Mersch, à Marnach et à Echternach, est intéressant pour le débat politique à Luxembourg. C’est bien la première fois qu’ un auteur luxembourgeois s’est penché sur un fait crucial de l’histoire politique et économique récente du Grand-Duché (l’OPA a eu lieu il y a dix ans, en 2006) qui ne cesse de sortir ses effets de nos jours, ne fût-ce que par la vente du bâtiment phare d’ARBED – Arcelor dans la capitale.

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L’OPA du capitaliste indien Mittal dont est sortie la plus grande entreprise sidérurgique du monde marque l’irruption du capitalisme global dans le monde industriel luxembourgeois et européen. Marc Limpach raconte par le menu l’histoire de cette irruption, les réactions désordonnées des dirigeants d’Arcelor, de leurs actionnaires, de la politique luxembourgeoise et européenne et du peuple, et la lente mais inévitable marche de Lakshmi Mittal vers la victoire sur ses contradicteurs luxembourgeois autres concurrents européens. Ce texte extrêmement fouillé et bien documenté s’appuie non sur des indiscrétions de bas étage, mais sur des documents publics facilement accessibles à qui s’intéresse à l’histoire sociale et politique récente.
A la lecture de ce texte (qui vient d’être publié aux éditions de l’Hydre et est disponible en librairie) on s’aperçoit que la version écrite est en de nombreux endroits beaucoup plus critique et plus directe, plus dense et plus explicite aussi quant aux personnes impliquées que la version jouée, mise en scène par Frank Feitler. Ainsi, Marc Limpach fait intervenir le « peuple » par des interventions parfois assez féroces, interventions remplacées dans la version mise en scène par deux dames qui se retrouvent au « Rousegäertchen » pour deviser aimablement sur l’actualité.

Il n’en reste pas moins que la « farce » avec laquelle l’auteur, le metteur en scène et les acteurs ont voulu montré l’entrée de la sidérurgie luxembourgeoise dans l’ère de la globalisation a connu et connaîtra un grand succès auprès du public luxembourgeois. Le miroir tendu à notre pays est fascinant et invite à la discussion. Pourquoi ne pas avoir cette discussion avec le public après les représentations qui ont lieu un peu partout dans le pays? Histoire d’encourager le débat politique sur notre histoire récente et sur l’avenir du pays!
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La Fondation Robert Krieps dont l’objectif est justement d’encourager le débat ne peut que féliciter Marc Limpach et Frank Feitler ainsi que les excellents acteurs de leur travail remarquable qui donne un bon coup de pied dans la fourmilière de l’autosatisfaction qui est souvent la marque de notre pays.

Ben Fayot
Président de la FRK