Prix de reconnaissance MémoShoah pour Denis Scuto

Denis Scuto reçoit le prix de reconnaissance de MémoShoah des mains de Henri Juda, président de MémoShoah.

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Dimanche 8 mai 2016, Henri Juda, président de MemoShoah a remis à Denis Scuto, membre du conseil d’administration de la Fondation Robert Krieps, son prix de reconnaissance à l’issue d’un concert à Cinqfontaines.
A cette occasion, Ben Fayot, président de la Fondation Robert Krieps a exposé les mérites du récipiendaire.
Voici le texte de son intervention.

Le 8 février 2013 Denis Scuto a présenté une carte blanche à RTL avec les documents d’archives publiés sur le site de RTL.
Cette carte blanche a eu un large écho dans la population en train de se rendre à son travail, un matin vers 8 heures. Echo renforcé par le fait qu’il a mis sur Internet la liste des enfants juifs scolarisables en septembre 1940 remis à l’envahisseur nazi par la Commission administrative.
Cet acte a posé la question de la responsabilité des représentants de l’État luxembourgeois.
On sait ce qu’il en est advenu. Le gouvernement luxembourgeois a accepté, pour la première fois depuis la fin de la 2e Guerre mondiale,, qu’il y avait « un flou » sur cette époque du 10 mai 1940 à septembre octobre de cette année. Il en est sorti le rapport Artuso, le débat à la Chambre et les excuses, à l’unanimité, de la Chambre des Députés adressées à la communauté juive de Luxembourg le 9 juin 2015.
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Cette carte blanche est symptomatique pour cet homme qui est historien, donc chercheur qui se soumet aux règles strictes de sa profession, et se veut aussi acteur de la société par sa réflexion historique et politique au sens large du terme.
L’historien chercheur entend dépasser un discours sur le passé établi à un certain moment et communément admis depuis, ce qu’on appelle un « master narrative ».
Il n’est pas facile de déconstruire ou de dépasser ce discours établi car il constitue une partie de l’identité d’un pays. Une identité qui se construit aussi par la mémoire qui n’est jamais définitivement derrière nous.
Honnêteté, courage, volonté d’aller à contre-courant des certitudes acquises, voilà quelques qualités que je trouve dans la démarche de Denis Scuto historien.
Historien, après de nombreux travaux déjà, au début de la cinquantaine, il sait ce qui reste à faire pour dépoussiérer la mémoire historique, surtout dans les périodes difficiles de notre histoire des années trente et quarante.
Mais il sait aussi qu’il ne peut pas tout faire tout seul, voilà pourquoi il s’est engagé pour que le Luxembourg ait un Institut d’histoire du temps présent. Cet IHTP est décidé et en gestation à l’Université du Luxembourg . Voilà pourquoi aussi il vient de lancer un projet de recherche sur la politique de l’État luxembourgeois face aux Juifs de 1930 à 1950.
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Mais Scuto n’est pas seulement historien, il est un contemporain qui intervient dans les débats actuels surtout là où il décerne des injustices et les malheurs du monde.
Cette démarche découle de sa responsabilité d’intellectuel qui sait qu’il a une responsabilité dans la société.
Né dans un milieu ouvrier, et ce qui plus est dans un milieu d’immigrant, à Esch, Denis Scuto s’est beaucoup intéressée à sa ville natale, à sa culture, et il a vécu les problèmes qu’il épingle dans ses travaux et ses interventions : comme p.ex. la question de la perte de la nationalité, de la naturalisation, de la langue et de l’identité.
Son ascension sociale s’est faite à travers une carrière d’enseignant (professeur de lycée, depuis 1988, puis à partir de 2003 chargé de cours, enseignant chercheur en 2003 à l’Université du Luxembourg , professeur associé depuis 2015. Enseignant il s’est beaucoup intéressé à la réflexion sur l’école. De là est né le projet d’une école primaire de recherche Eis Schoul (2006-2008) ; depuis 1999 il a entrepris l’élaboration d’instruments pédagogiques pour l’enseignement de l’histoire à l’école primaire.
Mais revenons à son rôle d’intellectuel. Dès 1999 il a produit des cartes blanches à RTL qu’il a d’ailleurs publiées en 2004 dans un livre intitulé « Gëscht am Doppelpass mat haut ».
Depuis quelque temps il fournit chaque semaine à la radio 100,7 et dans le Tageblatt des articles substantiels comme chroniques du temps présent.
C’est là qu’il prend position tout en étayant son propos des riches sources de ses lectures et de ses recherches. Ces interventions d’intellectuel, parfois polémiques, mais toujours riches de références historiques, ont beaucoup traité de questions autour de la Shoah, en particulier sur le rôle de la commission administrative en 1940, mais aussi le sort de Juifs au Luxembourg avant, pendant et après la guerre.
Je me suis dit à un certain moment que ces chroniques méritaient de ne pas être oubliées dès que le journal quotidien où elles paraissent était oublié.
Voilà pourquoi la Fondation Robert Krieps va les éditer dans un livre qui paraîtra au début du mois de juin.
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La réputation de Scuto est solidement assise grâce à la publication de nombreux ouvrages importants dans l’historiographie luxembourgeoises, sur
le mouvement ouvrier (Sous le signe de la grande grève de 1921),
le milieu ouvrier
le sort des Italiens (Luigi Peruzzi, Mes Mémoires,un antifasciste italien déporté à Hinzert), annoté par Denis Scuto
les questions de nationalité ( La nationalité luxembourgeoise, édité en 2012, publication de sa thèse de doctorat de 2008.
Enfin il faut parler de l’animateur qu’il est pour faire paraître des ouvrages historiques lors d’anniversaires importants tel que celui du Tageblatt en 2013, et cette année 2016 celui de l’OGB-L.
Denis Scuto mérite amplement cette reconnaissance de MemoShoah pour son travail d’historien et d’intellectuel au profit d’une mémoire objective qui rend justice aux souffrances de la communauté juive de Luxembourg.